12.05.2012
Couleurs de l'âme
Sous mon clavier, il y a un Firmin qui trépigne pour prendre vie en ce moment. Je lui concocte doucement une longue nuit, dont je ne vous parlerais pas plus avant… Mais Christophe, notre "Maître d'activités" nous ayant demandé de réaliser une description de lieu sous l'influence contrariée de deux états d'âme différents, Firmin en a profité et s'est incrusté dans un décor que je n'avais guère songé à lui octroyer…
Vient la tentation de vous en faire profiter. Après tout, Firmin a atteint son but, il existe et je connais sa fierté. Firmin aime la terre de Provence, il aime la chaleur sèche et est ravi de la promenade. J'espère que vous apprécierez cette balade au fil de ses états d'âme …
Printemps
Aveuglé par la luminosité du petit matin, Firmin s’arrête un instant sur le seuil de la maison, cligne des yeux quelques minutes avant de s’habituer à la clarté trop blanche de l’aube. Il est à peine six heures, en ce matin du 6 juin, et sa colline commence à s’éveiller doucement sous la douceur du ciel à l’azur transparent, luisant à peine sous le rayonnement oblique du soleil. Son regard capte d’abord la barrière de couleurs vives où le vermillon vif des géraniums et les camaieux mauves des pétunias alternent dans les pots qu’Éliette, sa femme, a soigneusement transplantés comme chaque printemps. Elle délimite ainsi l’espace de la terrasse, un quadrilatère mi-herbu mi- gravillonné, où trône un majestueux tilleul à l’ombre fraîche, idéal pour accueillir la table des repas.
Firmin et Éliette ont acheté, il y a plus de trente ans maintenant, cette ferme abandonnée dans l’arrière-pays varois alors que leurs enfants étaient encore en âge scolaire. Un point de chute formidable pour les vacances en famille, une bouchée de pain pour une masure certes en piteux état, mais entourée d’un espace extraordinaire pour les enfants, un hectare de friche maquisarde qui permettait aux petits Parisiens de connaître une détente au grand air, sans contraintes de voisinage. De plus, à l’époque, on pouvait encore voir la mer depuis la façade de la maison, la côte n’étant qu’à six kilomètres en contrebas, un saut de puce pour rejoindre le voilier accosté dans le port tout proche.
Firmin s’étire une nouvelle fois devant le spectacle doré. Certes, les toitures cannelées des villas récentes ont relevé progressivement l’horizon et masquent maintenant en grande partie le miroitement bleuté au fond du panorama. Le beige rosé des tuiles se mêle au vert sombre des chênes et des pins. Au début, Éliette et lui se sont insurgés, puis ils se sont habitués à la modification du paysage. Tant qu’une façade criarde, une verrue de béton percée de fenêtres indiscrètes ne s’érigerait pas comme une tour offensive devant leurs yeux… Mais Firmin est resté ferme sur ses positions et a toujours refusé de céder les arpents sollicités par les promoteurs. Au moins, il leur reste l’espace, même si les enfants y viennent moins souvent avec leurs progénitures. Éliette et lui sont fidèles au poste dès le mois d’avril, et jusqu’aux premiers brouillards de Novembre, ils garderont maison ouverte pour qui souhaitera venir partager gîte et couvert à "la bastide". Cette maison au confort rustique est devenue au fil des années un refuge solide contre les tempêtes du monde, un havre de plus en plus confortable où célébrer les joies et les succès de leur tribu.
Comme tous les matins, Firmin entreprend le tour du propriétaire, à pas mesurés, sans presse. Il donne à Éliette le temps de se réveiller à son rythme dans la maison aménagée au fil des années. Il sait combien sa femme apprécie maintenant le ralentissement du rythme des journées. Suivant un rituel instauré graduellement, il consacre d’abord son attention aux quelques rangées de pieds de vigne. Témoins vigilants de la vaillance du vignoble, des rosiers multicolores montent la garde devant chaque rang. Chacun d’eux rappelle une naissance, le rouge vermillon pour Sabine leur fille, le rose tendre pour Simon le cadet. Le jaune célèbre leurs vingt-cinq ans de mariage. Firmin adresse aux fleurs pleinement épanouies un regard ému, les arbustes ploient sous les corolles veloutées, aux pétales serrés. Il s’engage entre les rangées de ceps bien alignées, où le feuillage s’est amplement développé, il inspecte quelques feuilles d’un œil expert, à la recherche de ces taches blanches ou marrons qui signeraient le passage d’insectes ou de parasites. Avec plaisir, il effleure du bout de ses doigts un peu gourds les embryons de rafles qui se forment déjà au sein du feuillage. Sous l’ombrage du vert profond, elles paraissent si pâles, presque blanches. Firmin sourit : comme la nature est bien faite !
Le vieil homme a contourné la maison maintenant et entreprend de gravir la restanque derrière le mur nord. Son pas se fait plus lourd sur la terre rocailleuse. De petites pierres mal arrimées au sol roulent sous ses pieds, il trébuche presque sur les accidents du terrain.
— Ouf, souffle-t-il en s’épongeant le front d’un large mouchoir à carreaux, c’est bientôt plus de mon âge, ce terrain devient chaque jour plus pentu. Il faudra que je rappelle le nouveau jardinier pour finir le nettoyage du sous-bois…
Demain, Firmin fêtera ses quatre-vingt-neuf ans, et il savoure par avance la perspective d’un tête-à-tête attendri que lui prépare à coup sûr sa tendre Éliette.
Automne
Décidément, l’air devient plus frais en cette fin Septembre. Firmin remonte la fermeture éclair de son gilet et regrette déjà d’avoir oublié son écharpe posée sur une chaise de la chambre. Debout sur la grosse pierre plate qui marque le seuil de la maison, il s’accoutume lentement à la lueur grise du lever du jour. Derrière la crête de l’Estérel, à sa gauche, les premiers rougeoiements du soleil annonce l’arrivée de la grosse boule flamboyante. Dans quelques minutes, l’astre paraîtra au-dessus des roches rouges et l’embrasement sera total. Des années que Firmin se lève si tôt pour ne pas manquer l’apothéose matinale.
Mais ce matin, le regard du vieil homme se pose d’abord sur la rangée de poteries à la lisière de la terrasse. Malgré les arrosages crépusculaires, la sécheresse a eu raison de l’éclat des géraniums. Les dernières inflorescences dressent leur hampe d’incarnat éteint, les pétunias poussent leurs corolles flétries au bout des tiges dénudées. La danse lumineuse des couleurs s’est assoupie sous un voile de poussière, l’été finissant a usé aussi la vivacité des couleurs.
Firmin entreprend son tour de jardin rituel. Passant près du tilleul généreux qui ombrage toujours les déjeuners, il remarque les coussins des chaises qui ont été oubliés là la veille au soir. Bah, tant pis, il faudra bien les remplacer à la saison prochaine, si… Son cœur se sert et il se refuse à formuler plus avant sa pensée.
Les rosiers à l’entrée des vignes livrent vaillamment leurs derniers boutons de la saison. Quelques fleurs trop ouvertes achèvent de se faner, le bout des pétales rouillés et recroquevillés témoigne de leur fatigue. Subtilité des roses alanguis et des rouges ternis que l’éclat du soleil a patiné, décoloré comme un bouquet de mariage conservé sous cloche.
Bientôt, la vigne rendra les armes, elle aussi. Les vendangeurs passeront demain, ils couperont d’un geste expert les rafles noires qui pèsent lourdement sur les ramures. Une demi-journée suffira pour dépouiller les ceps de leurs efforts, et la vigne sèchera aux derniers souffle du vent ses feuilles roussies que personne ne viendra contempler cet automne.
Un soupir gonfle la poitrine de Firmin. Était-ce l’été de trop ?
Pourquoi la chaleur du midi s’est-elle montrée si harassante, au cœur de la belle saison? Pourquoi le vent a-t-il si souvent coupé leur souffle, les poussant à délaisser hamacs et chaises longues pour la pénombre fraîche de l’intérieur ?
Son cœur se serre encore, et cette fois, Firmin ne refuse pas la grosse boule qui se noue dans sa gorge, qui broie sa poitrine et soulève une lame de fond qui noie d’un coup ses yeux. Après tout, cette vigne miniature, témoin de tous ses bonheurs, ne peut-elle pas aussi accueillir cette angoisse folle qui l’habite désormais ? Assis à même le sol, seul au milieu des rangées de fruits promis à une récolte somptueuse, Firmin accepte de déverser sur cette terre craquelée sa détresse.
La fatigue d’Éliette, ses saignements de nez, ses vertiges multiples ont pris un nom hier. En baptisant les malaises de sa femme d’une désignation barbare, les médecins ont dressé un pronostic, ils ont tranché leur avenir d’un couperet glacial.
Demain il faudra se battre. Mais aujourd’hui, Firmin se terre une dernière fois au sein de cette nature rude et prodigue. La poussière de la terre peut bien coller des rigoles grises sur ses joues burinées, jamais autant qu’en ce jour, l’homme n’a perçu combien notre sort est lié au cycle des saisons. Hier, il est entré dans son hiver.
19:41 Publié dans Blog, Conte-gouttes | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : écriture, nouvelle, états d'âme, humeurs, description, paysage. |
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05.05.2012
Lot surprise
Au programme de notre week-end prolongé chez Anna et Jean-Paul au Moulin Bessou, outre la fête d’anniversaire organisée pour le maître de maison, nos hôtes nous ont offert de belles balades alentour.
Leur chaleureuse demeure ancienne, restaurée au fil des années est nichée au fond d’un vallon, que longe la Séoune. La rivière est étroite, mais elle coule vigoureusement à la rencontre de la Gandaille, juste avant de couder pour rejoindre la Garonne en amont d’Agen. La Barguelonne suit un parcours sensiblement parallèle à partir de Villesèque, elle arrose Montcuq puis Lauzerte, où elle se grossit du Lendou ; elle file alors droit au Sud et devance la Séoune pour rencontrer la Garonne dès Valence d’Agen. C’est dire que ce territoire est très arrosé, une multitude de petits cours d’eau veinent les terres et contribuent au verdoiement du paysage valonné. De quoi nous ravir, tant il est vrai que nos collines, pourtant habillées des forêts du Var, n’offrent pas la même palette de verdure.
Rayonnant sur les trois départements contigus, le Lot, le Tarn et le Lot et Garonne, nous sommes allés de découvertes en ravissements : Par l’ingéniosité de la pente d’eau de Montech, créée dans les années 70 par l’ingénieur Jean Aubert, ce procédé aurait pu économiser du temps aux bateliers. Hélas, la navigation fluviale avait déjà plus de passé glorieux que d’avenir commercial, et la rentabilité du système n’a pas été à la hauteur des attentes économiques… Il reste un but de promenade le long du canal du midi qui ne manque ni d'écluses, ni de charme…
Les grandes villes (Toulouse, Montauban, Cahors) drainent les énergies, mais la région s’enorgueillit à juste titre de son patrimoine architectural. Les Anglais l’ont bien compris, eux qui s’y sont volontiers implantés au cours de la seconde moitié du XXème siècle. Heureusement, car ils ont restauré des demeures promises à l’abandon par les décès des Anciens. Nos excursions à Montcuq, Lauzerte, Penne d’Agenais ou Tournon d’Agenais nous ont permis de découvrir le dynamisme des petites cités pour valoriser leurs vieilles pierres. D'autres visiteurs prennent leur temps pour admirer le paysage: ce sont les nombreux pélerins sur le chemin de Saint Jacques de Compostelle. Nous avons croisé plusieurs d'entre eux dans les villages, canne en main ou vélo et packetage sur le dos, ils traversent le territoire par petites étapes et enrichissent leur méditation des merveilles découvertes.
les maisons à Montcuq
Lauzerte a conservé son caractère médiéval et joue admirablement du contraste des formes anciennes et des matériaux actuels :
À Penne d’Agenais ce sont les bords du Lot qui apportent le calme et le charme d’une cité endormie sous l’orage.
Délaissant la basilique Notre Dame de Peyragude, pur produit du XIXème et son cimetière en espaliers, nous nous sommes promenés dans ses ruelles désertes.
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Au détour d’une courbe, cette crypte à murs ouverts nous étonne :
Les immeubles juxtaposent volontiers les marques de leur grand âge :
De Tournon d’Agen, nous retiendrons, outre son marché aux fleurs et l’art des paysagistes locaux, cette pendule lunaire qui veille sur le sommeil des habitants.
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15:48 Publié dans Blog, goutte à goutte, Voyage | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : carnet de voyage, lot, tarn, moncuq, lauzerte, penne d'agenais, tournon d'agenais, pente d'eau de montech |
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27.04.2012
Au jardin de Mathis
Sans surprise, Mathis affiche volontiers ses préférences pour les petites sportives rouges
Ce mois d’avril justifie le dicton, bonnet et écharpe ne sont pas remisés, n’en déplaise aux optimistes qui ont déjà tout rangé… N’empêche, le jardin, lui, s’en porte à merveille !
Sur les petits lopins, point de lapins urbains mais cerfeuil, salades et radis manifestent une vitalité partagée avec les fraisiers.
Attention aux escargots, Mathis, les limaces attaquent !
Ce n’est pas faute d’efforts cependant :
Si ce n’était le froid humide, ma semaine sévrienne a été délicieuse, évidemment. Mathis progresse tellement vite, il faut se presser de savourer la fraîcheur de chaque étape ! Sébastien a dressé un catalogue de 32 mots ( admirez la précision) mais je suis certaine qu’une semaine après mon départ, d’autres apports sont venus enrichir le dictionnaire Mathis. Car, honnêtement, certains vocables jouent artistiquement d’une certaine approximation, que son entourage trouve charmante, mais qui nécessite la médiation d’interprète dès lors que le discours est porté sur la place publique…
- « Awa » dit mon petit-fils en me quittant vendredi dernier.
L’ondulation des doigts au bout de sa menotte renseigne la grand-mère attendrie sur l’adieu déchirant qui vient de lui être délivré.
20:04 Publié dans Blog, goutte à goutte, O de joie | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : mathis, jardin, avril, famille |
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24.04.2012
Quatre jours en cadeaux
Eh bien non, notre week-end n’a pas été vampirisé par …François, Nicolas, Marine et les autres… Certes nous avons accompli, sans conviction ni passion, ce qu’il est convenu d’appeler un devoir, mais la pêche au plaisir était ailleurs.
D’abord, Aurélien a dû choisir sa monture :
Entre les deux, son cœur a balancé quelque temps, mais finalement, il s’est laissé convaincre sans trop de peine
Ce week-end magique s’illustre encore par une grande balade dans le massif de la Sainte Baume, aux chemins balisés bien plus escarpés qu’il n’y paraît :
Un coup d’œil à la vallée où tout paraît si petit, et les railleries de la Blanquette, la chevrette imprudente de M. Seguin, nous reviennent à l’esprit à la vue des bâtiments de l’hôtellerie, réduits à la taille d’une maquette :
La forêt est luxuriante en ce début de printemps, et le panorama chèrement conquis nous coupe le souffle.
Loin devant les neiges miroitantes des contreforts Alpins qui semblent si proches, la Sainte Victoire émerge de la brume
La grotte de Marie Madeleine attire les pèlerins depuis fort longtemps, et l’imagerie catholique n’a pas manqué d’y laisser les marques temporelles d’expression de la piété… Du kitsch, du baroque, des cierges brûlant dans la pénombre suintante du sanctuaire, mais toujours le respect du lieu :
Les prodiges accomplis par l’homme pour dépasser sa condition peuvent-ils rivaliser avec la tapisserie de cette œuvre miniature offerte à nos regards ?
19:19 Publié dans Blog, goutte à goutte, O de joie | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note |
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11.04.2012
Chasse aux oeufs
Week-end pascal et tradition au programme des apprentissages de Mathis !
Muni de l’attirail approprié, en l’occurrence le panier maison astucieusement confectionné et décoré, notre petit chasseur se met hardiment en route pour récolter les œufs que les cloches ont généreusement lâchés dans la campagne environnante. Foi de chasseur d’œufs en chocolat, la provende matinale sera abondante.
Mener sa tâche à bien n’est pas chose facile. Il faut du doigté et de l’organisation. Mathis a pensé sa quête, il établit une stratégie, étudie le terrain au plus près :
Au bout d’un moment, la gibecière, le panier regorge de trésor amassé. La charge est trop lourde, ou bien c’est la tentation qui devient trop forte. Harassé mais concentré, Mathis cherche du secours…
Heureusement, Maman n’est pas très loin… Ses grandes mains sauront recueillir le fruit de tant d’efforts…
Ce que l’histoire ne vous dira pas, ô mes fidèles souris, c’est que la morale ne paie pas toujours le chasseur de ses efforts. Je gage que Papa n’a pas donné sa part aux chats!
17:47 Publié dans Blog, goutte à goutte, O de joie | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : pâques, tradition, chasse aux oeufs, famille |
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