12.05.2008
Dites-le avec des fleurs…
Après les délicieux week-ends passés auprès d’amis charmants, je voulais vous entretenir de mon jardin et de ses merveilles…
J’y reviendrai plus tard, car en rangeant ces fichus papiers qui s’accumulent sur mon bureau, je me suis soudain senti pousser une langue de vipère animée du besoin irrépressible de ne pas tout avaler comme une agnelle qu’on mène à l’abattoir. Je vous explique :
Il y a trois ans de cela, la Mutuelle, à laquelle je cotisais régulièrement depuis dix bonnes années, m’avait offert brusquement un splendide cadeau d’anniversaire, sous forme d’un courrier où elle m’informait que ma contribution mensuelle subissait un léger réajustement du fait de mon âge! Pour être bien claire, et sans me vanter, quoique…, je précise que je fêtais alors allègrement mes 55 ans,( dont je n’ai pas honte, puisque je me considère comme l’heureuse bénéficiaire de toute cette expérience !) Après quelques courriers peu amènes, nous en sommes arrivés à la situation qui se résume dans cette copie de ma lettre de rupture :
« LETTRE RECOMMANDÉE AVEC ACCUSÉ RÉCEPTION
Monsieur
J’ai bien reçu votre courrier du 15 avril et vous en remercie mais vous n’avez pas joint les spécifications générales d’adhésion. L’explication que vous me donnez concernant l’augmentation brutale de plus de 21% ne me satisfait pas d’autant que je n’en ai pas été avertie deux mois à l’avance comme le prévoient les textes, ce qui m’aurait permis de profiter de mon bon droit pour dénoncer un contrat qui ne me convient plus. Dans ces conditions, je vous demande de mettre fin au contrat cité ci-dessus et de le confirmer par écrit.
Veuillez agréer, Monsieur, l’expression de mes salutations distinguées. »
J’ai alors entamé des pourparlers avec quelques autres sociétés concurrentes, et devant la pléthore de candidats, je me suis finalement décidée à nouer de nouvelles relations suivies avec une Compagnie Suisse dont je tairais hypocritement le nom. L’agent qui me vantait les avantages de ses produits s’était dit indigné des pratiques du concurrent, inenvisageables dans la structure qu’il représentait. « Vous ne serez pas augmenté avant vos soixante ans, et encore, cela se fera raisonnablement », du moins était-ce ce que j’en ai retenu, outre l’assurance (ah ah !) d’obtenir des prestations couvrant : les yeux-les dents-le nez-la rate-les os, les…
Trois ans plus tard, je viens de passer un joyeux moment à correspondre avec mon assureur préféré et je ne peux résister au désir de partager le fruit de ma « saine colère », selon l’expression à la mode :
Monsieur
Vous m’avez adressé en toute fin avril un courrier relatif au montant de mes cotisations pour l’année à venir et je constate que cette fois encore l’augmentation que vous appliquez est très importante, puisqu’elle atteint 5,6%.
Si je considère vos augmentations successives depuis mon adhésion à votre Société d’Assurances, soit depuis 2005, on en arrive à 15,6% ! Il me semble que vous dépassez largement le taux d’inflation… Et la hausse des dépenses de santé officielle. Compte tenu des conversations téléphoniques que nous avions tenues à l’époque où vous m’affirmiez que ce genre de désagrément ne pouvait se produire dans votre compagnie, vous pourriez vous lancer dans la politique ! Pour ma part je ne vieillis que d’une année à la fois…
Trèves de plaisanterie, votre courrier est daté du 20 avril, mais le cachet de la poste est du 30-04-08. Il me semble qu’il est contractuel de soumettre une telle ampleur de vos augmentations à réflexion et prévenir vos adhérents des prochains tarifs au mois un mois plein à l’avance, de manière à laisser le choix d’accepter ou de refuser ces augmentations irraisonnées. D’autant que vos remboursements de soins, eux, ne suivent pas cette inflation, si j’en juge sur vos prestations en soins optique et dentaire… Cf. factures de mai 2007 et mars 2008.
Comptant que vous saurez apprécier l’ampleur de mon irritation, qui elle, n’est pas facturée hélas, je vous prie de recevoir l’expression de mes salutations.
Certes, ce billet d’humeur ne résoudra pas le dilemme, mais comme le souligne GéO qui bénéficie de la première lecture, en calculant pour moi les pourcentages … Mais au moins j’ai vidé ma bile et me mets ainsi à l’abri des affres d’un ulcère à l’estomac…, Donc je ne dépense pas en soins de santé, … Ne contribue pas au Trou, …Ne sollicite pas ma complémentaire santé… Et mon assureur ne m’en sera même pas reconnaissant ! ÇA MÉRITE UNE REMISE NON ?
19:22 Publié dans Courant d'O | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : coût de la vie, inflation, augmentation tarifs, abus, réclamations assurances complémentaire santé
07.03.2008
Poli…tic ou poli…toc ?
Voilà, c’est reparti pour un ou deux tours, médias, boîtes à lettres, on nous rebat les oreilles de belles paroles.
J’imagine que la plupart d’entre vous réagissent comme nous : saturés de belles promesses auxquelles nous n’arrivons même plus à faire adhérer la plus petite parcelle de la confiance qui pourrait encore subsister au-dedans de notre cœur…
Et pourtant, il va bien falloir s’y coller, ne serait-ce que pour éviter l’auto-accusation de lâcheté et d’irresponsabilité face au « devoir du citoyen ». Tout en sachant que chacun de nos votes n’est qu’une goutte d’eau noyée dans l’océan des bonnes intentions et des promesses jamais tenues. Juste une goutte d’eau, tiens tiens, comme ce blog, profitons-en…
Aussi, ce matin, nous nous sommes bravement attelé à la tâche.
GéO a repris dans le courrier de la semaine les jolies maquettes des candidats, que nous avions parcourus plus ou moins consciencieusement à leur arrivée, et nous avons cherché quelques repères sur lesquels accrocher les maillons de la décision à prendre…
Il semble logique de commencer par le programme…La question est assez comique pour que je garde ce paragraphe pour la bonne bouche.
Pour Saint Max et ses quelques 12 500 habitants, nous comptons cinq listes de candidatures. Sur chacune, trente-trois noms, dont systématiquement 16 femmes, parité respectée à l’unité près. Petit détail amusant, l’élaboration des 5 listes a été conçue en alternant systématiquement un homme/une femme, de manière à mettre cette parité en évidence. C’est tellement régulier et systématique, 17 hommes, 16 femmes, qu’un petit quelque chose cloche… L’esprit de parité pourrait accepter par exemple 15/18, ou bien une femme justement en tête de liste, ce serait naturel en fonction des opinions ou des compétences, mais non, nous avons bien 5 listes semblables, menées par un représentant masculin et 16 colistières réparties du n°2 au n°32. Marrant, mais guère déterminant…
Armons- nous maintenant de feutres fluos et cherchons un peu plus avant : L’un des candidats écrit en conclusion de son exposé de programme : « Conscient de l’ampleur de la tâche, si vous me faites confiance, je suspendrai mon activité professionnelle pour six ans, afin de me consacrer exclusivement à la mise en œuvre de ce projet. » GéO tilte sur ce paragraphe. Lui qui a été PDG des deux sociétés qu’il a successivement créées, il a adhéré à la CGPME, et il lui en reste l’idée qu’il est difficile et hasardeux de briguer un mandat public en restant pleinement disponible pour mener à bien son rôle dans l’entreprise. Souvent, en regard des « sacrifices « consentis par les élus de tous bords qui justifient leurs mirobolants émoluments par le risque professionnel de leur mise en disponibilité, alors même que bien souvent leur statut de fonctionnaire permet de retomber sur ses pieds sans risque majeur… Ce serait le cas de notre candidat, qui se définit comme enseignant.
Nous nous amusons donc à relever les professions des différents postulants et là, nous restons toujours aussi perplexes : aucune profession mentionnée sur la liste « officielle PS », ni âge, ni adresse. En revanche, la liste sortante est très complète, nous y comptons justement une majorité de cadres EDF, retraités, fonctionnaires, deux agriculteurs, c’est bien le moins dans cette région et surtout, surtout, le patronyme du « patron local », celui qui a détenu le poste pendant tant de mandats que personne n’a plus souvenirs d’avant lui. À ce moment, je l’avoue, je bloque. Je ne comprends pas que notre système autorise des personnes, voire des familles à détenir les clés d’une cité ou d’une région pendant plus de deux mandats consécutifs. Quand arriverons-nous enfin à bannir cette pratique ? Ces maires élus et réélus sur quatre, cinq mandats, voire davantage, finissent par régner et le système de collusion s’installe naturellement puisque l’objectif devient alors : durer et garantir la pérennité.… Devinez où va mon regard…
Encore une remarque intéressante sur les objectifs nationaux énoncés par les Grands Partis : quelle débandade ! Même dans une grosse bourgade comme Saint Max, le PS présente deux listes différentes, l’une se revendique « PS officielle », mais s’est constituée sur un panachage PS (10)/ Modem/ sans étiquettes, l’autre s’annonce « de gauche, écologique et solidaire, » formée de 12 membres PS auxquels se sont joints un vert, une gauche alternative, un PCF, complétée de candidats sans étiquettes. Et au fait, qu’est-ce qui compte dans la menée d’une municipalité, l’étiquette (du prix à payer au Gourou) ou le projet pour gérer la cité ?
Nous en arrivons donc au programme, qui devrait être l’essentiel, et que nous avons cherché en vain dans tous les prospectus distribués. Une jolie parade de langue de bois, style » nous allons engager une politique dynamique visant à attirer des entreprises génératrices d’emplois, sans sacrifier l’espace rural… » Pas un mot pour expliquer comment résoudre le paradoxe… Rassurez-vous, je me garde de tous les citer, sur ce point, nous en sommes à jouer Bonnet-Blanc contre Blanc-Bonnet, tous s’engagent à réduire les impôts, à mettre en valeur le patrimoine culturel de notre belle cité, à nous promettre des parkings, ( privés donc payants), des logements, un cinéma… La Belle Vie en somme…
Faut-il croire que tout ce qui brille est d’Or ? Poli…tique ou poli…toc ?
18:16 Publié dans Courant d'O | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : politique, élections, municipalité, opinions, choix, écrire, nouvelle
21.01.2008
Où les Chaudoudoux réapparaissent
J’ai reçu ce soir un courriel courtois mais ferme me demandant d’apporter d’importantes précisions sur un ouvrage cité en ce début d’année. Je m’empresse de donner suite à la demande de François PAUL-CAVALLIER, dont le travail de traduction et d’adaptation nous permet d’user de l’ouvrage de Claude Steiner.
Donc, pour rester clair et informatif, LE CONTE CHAUD ET DOUX DES CHAUDOUDOUX, de CLAUDE STEINER, a été publié en France ( et en Belgique ?) par INTERÉDITIONS, traduit et adapté par FRANçOIS PAUL-CAVALLIER et illustré par PEF.
Toutes mes excuses pour les références inexactes et incomplètes qui accompagnaient ma citation de ce livre qui mérite d’être plus largement connu, diffusé et … pratiqué.
François Paul-cavallier, formateur en psychologie, est également auteur de plusieurs ouvrages dont il m'a adressé les références. Pour tous ceux qui se sentent concernés , je pense à mes collègues de Brie, mais aussi à toutes celles (et ceux) que j'ai croisés à Paris ou en Seine et Marne, et que je sais plus qu'attentives à puiser encore et encore de nouvelles ressources. Voici donc le site de référence
http://www.artofpeace.uwcnetwork.org/
Ainsi que la liste des ouvrages cités à l'appui.
- “J’allège ma vie” aux éditions PLON.
- “Visualisation des images pour agir” chez InterEditions.
- “Les jeux de coopération pour les formateurs” aux éditions d’Organisation (Groupe Eyrolles).
- “ Eduquer gagnant” éditions Eyrolles.
Je reçois d'autre part un second mail extrêmement intéressant de ce même auteur qui a la gentillesse de préciser la nature de ses activités actuelles et leur contexte. Avant donc de me lancer plus avant dans la lecture , je vous recommande de vous connecter sur le site et je pense que nous en reparlerons ici . Le chapitre n'est pas clos …
23:45 Publié dans Courant d'O | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Chaudoudoux, analyse transactionnelle, relations humaines, formation, livres, lecture
03.01.2008
Chaudoudoux
Comme j’ai fait hier référence aux Chaudoudoux, j’y reviens pour citer ma source. Il s’agit du Conte Chaud et doux des Chaudoudoux, de Claude Steiner. PEF édition
Ce petit livre magnifique a été conçu par son auteur, Claude Steiner, psychothérapeute pratiquant en Californie, pour expliquer aux enfants l’analyse transactionnelle.
En fait, ce sont souvent des enseignants de maternelle et des petites classes de primaire qui l’utilisent comme support pour travailler la socialisation et essayer de gérer les conflits, de plus en plus nombreux, dans les groupes. C’est évidemment pour cet usage qu’une de mes collègues me l’avait indiqué. Grand merci à elle, il était devenu un fidèle compagnon de mon CP et trônait toujours dans le coin bibliothèque.
Pour ceux et celles que cette piste intéresserait, voici les liens vers un forum d’enseignants en Belgique (bravo aux Belges, toujours plus pertinents en pédagogie que nous) et le CLIS du Rhône (Enfin, on n’est pas si bêtes quand même !)qui s’y réfèrent.
http://www.enseignons.be/forum/ftopic5063.php
http://clisrhone.free.fr/spp.php?page=plan
Pour appâter votre curiosité, sachez que le conte se déroule dans le pays merveilleux des Chaudoudoux, où dès la naissance, tous les habitants sont dotés d’un sac inépuisable de Chaudoudoux, à distribuer généreusement autour de soi, afin que continuent de régner l’Harmonie, la Compréhension, la Compassion, l’Altruisme et, bien entendu, la Générosité, puisque n’existe nulle crainte de manquer…
Seulement voilà, comme dans la Vraie Vie, il y a toujours un moment où les choses se compliquent . Quand tout va bien pour vous, qu’est-ce qui se passe, hein ?
Eh oui, là comme ici, Les Jaloux guettent, les Jaloux conspirent, les Jaloux passent à l’attaque. Hypocritement et ignoblement comme il se doit.
Les Jaloux possèdent aussi leurs armes fatales, vous allez les reconnaître tout de suite, ce sont les épouvantables Froidpiquants, qui blessent le cœur et l’âme, glaçant les sentiments…
Je ne vais évidemment pas vous dévoiler les haletantes péripéties de la sinistre guerre que les détenteurs de Froidpiquants vont livrer aux gentils membres du Chaudoudoux land, mais soyez rassurés… Nous sommes dans un Conte tout à fait conventionnel.
Dans la Vraie Vie (VV), il arrive que même solidement pourvus en Bonnes Intentions, nos Chaudoudoux se heurtent à de si redoutables Froidpiquants que notre cœur finit par se glacer aussi et se teinter de noir et de brun, le soleil s’efface de nos sourires et les froidpiquants finissent par congeler tout désir d’harmonie …
Pendant très longtemps, je n’ai pas su nommer cette inépuisable réserve de méchanceté . Il m’a fallu franchir bien des étapes et prendre quelques virages un peu raides, fermer quelques pages douloureuses, décider de clore d’autres épisodes plus valorisants, trancher dans le vif et partir. Et tout à coup, j’ai reconnu les détenteurs et surtout les détentrices de Froidpiquants, les Marie-Chagrine familières qui ne me supportent pas encore mince, toujours svelte, entourée d'amis formidables, trop aimée, trop aimante, mariée à nouveau et encore bien d'autres défauts tout aussi graves… Aïe aïe aïe ! Que de tares !
Je ne sais pas si je suis de taille à mener la bataille décisive, mais nécessité faisant loi, quand la Jalousie darde trop de missiles Froidpiquants vers mon territoire, j’ai tendance à me dérouter. Car finalement dans la Vraie Vie, la réserve de Chaudoudoux est épuisable… Le monde n’est pas encore parfait.
19:30 Publié dans Courant d'O | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, Livre, Lecture, enseignement, analyse transactionnelle, gestion des groupes, relation humaine
15.12.2007
Bonne fête !
En ces temps lointains, j’avais un poste de CM1 dans une grande école privée parisienne, aussi cotée que conformiste, et malgré les cinq classes par niveaux, nous avions des effectifs systématiques de trente-six élèves. Personne n’y trouvait à redire, et bien que l’élitisme en soit un critère drastique, nous bénéficions à l’époque d’une réelle confiance de notre direction et des parents d’élèves, de sorte que nous enseignions avec plaisir et enthousiasme. Ce qui n’excluait ni la rigueur ni la méthodologie, fort heureusement.
Cette année-là, j’avais institué un temps d’auto-évaluation critique de fin de semaine, afin que les élèves apprennent à cerner leurs points forts et leurs points faibles, et organisent le plan de travail qui leur était remis, pour travailler d’abord et surtout les éléments du programme qui leur semblaient plus ardus. Évidemment cette démarche nécessitait l’aide de l’adulte. Nous étions arrivés à la mi-décembre, les contrôles du 1er trimestre achevés et l’approche des vacances jointe à l’excitation de la préparation de Noël avaient eu pour conséquence un net relâchement des efforts. Il me fallait pratiquer une bonne remontée de moral, ce que j’avais entrepris avec énergie et volontarisme. Le mot effort, à l’époque, n’était pas encore une incongruité de nature à angoisser et générer des cauchemars comme il m’a été donné de l’entendre plus récemment…
Donc, en ce début de matinée, mes élèves avaient reçu leurs cahiers des devoirs de la semaine, commentés de ma plume rouge et je me tenais plantée devant eux, au plus près des bureaux où ils étaient assis pour déverser sur leurs consciences encore endormies, ou déjà en week-end, les fruits de mes réflexions et mes exhortations à se reprendre. Ma propre fatigue combattue par le sens du devoir, je m'étais sans doute laissé emporter par mes propres arguments, et je réalisai soudain que ma diatribe durait plus qu’il n’était raisonnable de l’infliger à ces enfants. Concluant rapidement, je me retournai et posai un pied sur le bord de l’estrade, fort haute. À ce moment, dans le silence encore établi, j’entendis la voix un peu rauque de Jean qui m’interpelait :
- Madame , on sait que c’est pas le bon moment, mais on voulait vous souhaiter.…
Et sans me laisser achever mon demi-tour, le coeur des trente-six voix résonna:
- BONNE FÊTE !!!
De sous les bureaux surgirent alors plusieurs paquets insolites que je n’avais pas remarqués: d’abord, un immense sac à l’effigie d’un grand magasin de jouet, d’où émergeait un impressionnant bisounours de près d’un mètre. Puis divers petits présents, bagues et colifichets, échantillon de parfum, bandana…C’était, c’était…Inouï…
Vous imaginez le tourbillon de mes sentiments.
C’était il y a vingt ans…
Ces enfants avaient l’âge des miens, certains en étaient les camarades. Dans cette école si rigoureuse, appeler un enseignant par son prénom serait passé pour une véritable insolence . Je venais juste de leur administrer« un savon » correct pour « remettre les pendules à l’heure » et j’avais immédiatement été impressionnée par le courage de Jean, dont je conserve un souvenir très précis, pas à cause de l’anecdote citée, mais grâce à sa joie de vivre, son air coquin et ses ardeurs footballistiques qui enrouaient sa voix de Septembre à Mai.
C’était une magnifique surprise, complète… Dès le lundi, nous baptisions la peluche Benjamin III, parce qu’il y avait en classe un Benjamin bon camarade, et qu' un petit frère né la semaine précédente venait de recevoir ce joli prénom. Les élèves avaient voté dans la bonne humeur et l’avaient élu troisième du nom. À la suite, Benjamin III était allé chaque semaine en famille témoigner des efforts des récipiendaires et des photos affichées rendaient compte de l’ambiance studieuse et gaie de ma Huitième Bleue.
L’anecdote me revient en mémoire parce que j’ai entendu cette semaine un reportage concernant les enfants angoissés par l’école. Je n’arrive pas à admettre que l’ensemble des lieux d’apprentissages soit si générateur de malaise. Il me semble au contraire que les années d’angélisme et de laxisme ont permis l'installation d' un rapport de force absurde. Non seulement l’autorité nécessaire de l’enseignant est sapée, mais l’enfant perd ses repères. Soutenu par des parents qui pensent bien faire en se montrant tellement attentifs aux besoins de leur progéniture qu’ils risquent de leur inventer involontairement un mal-être, l’enfant a besoin de connaître ses limites et d’accepter la vigilance de ceux qui se consacrent à cette tâche… Mon historiette vaut exemple de cette complicité induite entre un groupe (36 élèves tout de même) et l’enseignant. Je sais que je leur demandais beaucoup d’efforts mais je ne ménageais pas ma peine pour considérer chacun d’entre eux, et valoriser leurs progrès individuels. Je crois tout simplement que ces élèves ont su intuitivement dire merci de l’intérêt qui leur était témoigné, même à travers ces réprimandes occasionnelles .
Bon, c’est vrai, je vous le concède, généraliser revient à faire un mauvais procès. Il existe de bons et de regrettables enseignants, et même un professeur honorable connaît ses bons et ses mauvais jours… Et les parents, entité collective indéfinie, sont vous, moi, mon prochain et ma voisine, des Humains motivés par les meilleures raisons du monde, et l’Amour de nos enfants…
Et si… Imaginons qu’on puisse remettre tout à plat et arranger d’un petit coup de baguette de Noël cette guéguerre du c’est-pas-moi-qu’a-commencé…
Si mettre un enfant au monde et lui donner tout l’Amour possible ne consistait pas à lui ériger un piédestal d’où il craint de tomber et doit s’agripper au premier leurre venu. Si on pouvait accepter comme un Bonheur tout avenir que l’enfant se forgerait par ses goûts et ses désirs propres, certes pour se mettre à l’abri du besoin, et non pas pour réaliser l’ambition parentale et corriger d’éventuels rêves inaccomplis, ou répondre aux normes de son clan ? Si donc on arrivait à se fourrer dans nos têtes trop pleines de parents que la réussite ne se quantifie pas seulement sur le compte en banque et l’aura d’une étiquette professionnelle… Ah j’en demande beaucoup, mais c’est bientôt Noël, et je remplis ma liste de cadeaux…
19:35 Publié dans Courant d'O | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : école, famille, société, mémoire professeur
04.12.2007
Communication
- Chérie, tu nous ferais pas plutôt un p’tit café ?
L’interjection me hèle alors que je traverse la cuisine, munie de ma trousse à couture, le gilet et son bouton perdu sur les bras. Pas franchement une attitude de loisir, tant la couture est une activité hautement allergène pour mon équilibre psychique…
Sentir mon élan abnégationel * ainsi coupé me porte à réfléchir, car dès que j’obtempère et pose mon matériel sur la table pour préparer le plateau, GéO, qui avait commencé un timide « si tu préfères, c’est moi qui vais le préparer », suivi d’un intense effort pour rester assis, GéO donc, mon bienheureux mari, éminemment occupé à feuilleter son magazine, me regarde opérer, les yeux pétillant d’attendrissement, avant de soupirer d’aise :
- Chérie, je t’aime…
- Ce que tu aimes surtout, c’est que je t’apporte ton café…
Évidemment, nous ne sommes dupes ni l’un ni l’autre de cette boutade banale qui n’a rien d’une violence conjugale. Ce serait plutôt ce matin la suite de la discussion matinale du premier café. L’objet de la conversation est qu’au fond, pour qu’une relation humaine solide s’établisse, il ne faut pas se leurrer sur la qualité de relation d’interdépendance qu’elle suppose. Ainsi, GéO soutient qu’un couple ne peut se constituer et perdurer que si les deux personnes sont et restent en phase autour de besoins intellectuels et matériels similaires. Porte ouverte évidemment, mais de mon point de vue féminin, je défends la complémentarité et la fascination de l’altérité qui en résulte. Ces deux paramètres nourrissent la qualité de l’échange, l’enrichissent et prémunissent de la routine… Encore faut-il dialoguer, écouter, réagir, comprendre, et s’exposer en défendant son opinion. Le danger, dans un couple, c’est que l’un des deux se taise parce que l’autre, consciemment ou non, impose unilatéralement sa conception …
Mystère des associations d’idées, c’est à ce point-là que me revient en mémoire cet échange parcouru hier soir sur la Lettrine,www.latettrine.com/, et son article très intéressant sur les réseaux relationnels du monde de l’édition. Les commentaires greffés sur ce judicieux clin d’œil soulignent au fond la difficulté que nous éprouvons tous à nous sentir reconnus. J’écris bien reconnus, et pas nécessairement appréciés. Je souligne une fois encore mon admiration et ma reconnaissance pour la technologie qui a permis l’existence de la blogoshère. Fantastique outil de communication, et d’échanges réels, car totalement libres. En effet, qui vous oblige à rendre compte ou commenter un article lu ici ou là ? Vous ne connaissez pas les personnes qui exposent leurs idées, leurs espoirs ou leurs revendications, qui franchissent la barrière de la pudeur pour traduire leurs émotions. Tous ceux qui ont confié des manuscrits à la lecture d’amis me comprendront… Ce n’est pas l’amitié qui est en cause, mais l’authenticité de la communication. Alors que le biais du blog affranchit de cette gêne. Si le thème et son expression vous laissent indifférent, vous passez votre chemin, point barre. Si vous vous sentez en empathie, vous pouvez en témoigner ou prolonger le raisonnement, l’assouplir, le contredire… À chacun de respecter l’autre, et je dois reconnaître que depuis quatre ou cinq ans que je me promène sur la toile, bon nombre d’émetteurs et de réacteurs, s’ils se sentent libérés des règles orthographiques, n’en demeurent pas moins assez attentifs aux différents intervenants. On écrit vite sur Internet, on réagit prestement et la forme en pâtit parfois, mais pas le fond…
Mais j’en reviens à un propos émis par un fidèle de la lettrine, Marco je crois. À partir du moment où l’on écrit, on pose des mots, on construit des phrases et du sens, on transpose ses émotions pour leur conférer une existence réelle, et ça ne peut fonctionner longtemps seul dans son coin… Si vous décidez de porter votre plus belle tenue et que vous vous apprêtez, comment passer la journée ou la soirée en tête-à-tête avec un bouquin, le canapé, l’ordi ou la télé ? Quand vous avez trituré les phrases et les mots pour vous sentir VIVANT, percevoir l’indifférence des autres devient une vraie blessure, comme l’est celle d’un être humain que le silence ou la surdité sélective de son compagnon renvoie à la négation de soi. Alors les lettres des éditeurs, c’est encore pis que les jurés des examens, engoncés dans la roideur de leur supériorité face à l’impétrant, veillant à gommer de leurs regards tout encouragement aux malheureux candidats.
En fin de compte, j’en reviens à ce sentiment de satisfaction sur l’époque formidable que nous vivons : beaucoup de choses vont mal dans notre société, mais on a le droit de le dire, et ça soulage. Quand en supplément du dimanche, on se sent compris, ça va encore mieux. Cela dit, si je pouvais projeter le fantasme d' un quidam en train de manipuler un bouquin, genre poche ou folio, et confier l’objet un peu défraîchi à un ami en lui disant :
- Tiens, je te le passe, tu me diras ce que tu en penses…
Et sur la couverture du bouquin usagé, il y aurait mon nom…
* (Pardon pour le néologisme)
13:20 Publié dans Courant d'O | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Blogosphère, publication, communication, édition, lecture, littérature
25.11.2007
À propos de l'album Neuschwanstein
Ce que j'aimerais, c'est lier le plaisir des yeux et celui des oreilles.
Il conviendrait donc de regarder l'album photo Neuschwanstein et de laisser son esprit s'en pénétrer grâce à un ajout musical. Pour le moment, je vous en propose une petite idée avec le début de l'ouverture de Tannhauser…
Qu'en pensez-vous?

19:45 Publié dans Courant d'O | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Voyage, Allemagne, Bavière, Wagner, Ludwig II
08.11.2007
Une à une…
Une à une les gouttes d'eau de nos humeurs glissent et rejoignent l'océan de nos ressentis. Nos échanges, nos disponibilités, nos dons, nos rejets et nos rebellions aussi, qui nous ballottent, nous bercent ou nous poussent … Accepter ou regimber, refuser ou changer, bouger, hurler, tempêter, avaler de bon ou mauvais gré, éclabousser pour jouer, pour piquer, plonger, couler, nager, flotter surnager et reprendre la barre…Vivre en somme
17:15 Publié dans Courant d'O | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : littérature, communiquer, nouvelle, poésie, lecture














